KIR et HLA-C en PMA : à quoi sert cet examen ?
- Guide PMA Espagne

- il y a 6 jours
- 9 min de lecture

Lorsqu'une PMA ne fonctionne pas malgré plusieurs tentatives, certaines patientes peuvent se voir proposer un bilan KIR/HLA-C.
Cet examen est particulièrement évoqué dans certains parcours après plusieurs échecs d'implantation, des fausses couches à répétition ou dans certains projets de don d'ovocytes.
Son objectif est d'étudier une interaction particulière entre le système immunitaire de la future mère et les cellules du futur placenta.
Mais lorsqu'on reçoit les résultats, on peut rapidement se retrouver face à des termes assez difficiles à comprendre :
KIR AA, KIR AB, KIR BB, HLA-C1, HLA-C2...
Et une question revient souvent :
« Je suis KIR AA : est-ce que cela signifie que j'ai moins de chances d'avoir une grossesse ? »
Ou encore :
« Si je suis KIR AA et que l'embryon est HLA-C2, est-ce problématique ? »
On fait le point.
Qu'est-ce que le KIR ?
KIR signifie Killer-cell Immunoglobulin-like Receptor.
Ce sont des récepteurs présents notamment sur certaines cellules immunitaires appelées cellules NK (Natural Killer).
Pendant la grossesse, les cellules NK présentes dans l'utérus ont un rôle particulier. Elles participent notamment aux interactions avec le trophoblaste, les cellules issues de l'embryon qui vont contribuer à la formation du placenta.
Elles interviennent notamment dans :
l'implantation ;
le développement du placenta ;
le remodelage des artères utérines ;
la vascularisation du placenta.
Les cellules NK utérines ne sont donc pas simplement des cellules chargées de « détruire » les cellules étrangères. Elles participent également activement à la mise en place de la grossesse.
Les KIR permettent à ces cellules de recevoir différents signaux provenant des cellules du trophoblaste.
KIR AA, AB ou BB : qu'est-ce que ça signifie ?
Le système KIR est assez complexe, mais les résultats sont généralement regroupés en trois grands profils :
KIR AA
Le profil KIR AA comporte principalement des récepteurs inhibiteurs.
KIR AB
Le profil KIR AB comporte à la fois des caractéristiques du groupe A et du groupe B.
KIR BB
Le profil KIR BB comporte davantage de récepteurs activateurs.
Dans certains comptes rendus, vous pourrez plutôt retrouver la mention KIR Bx, qui regroupe les profils comportant au moins certains gènes du groupe B.
👉 Le profil KIR est déterminé génétiquement.
On ne peut donc pas le modifier avec un traitement.
Être KIR AA signifie-t-il avoir un problème de fertilité ?
Non.
C'est vraiment la première chose à retenir.
Être KIR AA n'est pas une maladie.
Cela ne signifie pas que l'on est infertile et ne signifie pas qu'un embryon ne pourra pas s'implanter.
De nombreuses femmes ayant un profil KIR AA ont des grossesses normales.
Ce qui intéresse les chercheurs n'est donc pas uniquement le profil KIR de la mère.
Ils étudient surtout l'interaction entre les KIR maternels et certaines molécules HLA-C présentes sur les cellules du futur placenta.
Qu'est-ce que le HLA-C ?
Le HLA-C est une molécule présente à la surface de certaines cellules.
Dans le contexte de la grossesse, il est particulièrement intéressant parce que les cellules du trophoblaste expriment notamment des molécules HLA-C.
On distingue principalement deux groupes :
HLA-C1
et
HLA-C2.
Une personne peut avoir un profil :
C1/C1 ;
C1/C2 ;
C2/C2.
Le futur embryon possède lui aussi un profil HLA-C provenant de ses parents génétiques.
C'est donc l'interaction :
KIR de la mère ↔ HLA-C du trophoblaste
qui intéresse les chercheurs.
Pourquoi parle-t-on du fameux KIR AA + HLA-C2 ?
C'est probablement la partie qui intéresse le plus les patientes qui font cet examen.
Certaines études ont suggéré que le profil KIR AA, notamment lorsqu'il est confronté à davantage de HLA-C2 exprimé par le trophoblaste, pourrait modifier certains signaux envoyés aux cellules NK utérines.
Or ces cellules participent au développement du placenta et au remodelage des artères utérines.
Certaines recherches ont ainsi retrouvé des associations entre certaines combinaisons KIR/HLA-C et des problèmes de placentation, notamment la prééclampsie.
Mais attention :
KIR AA + HLA-C2 ≠ échec de grossesse
Il ne faut surtout pas traduire le résultat par :
« Je suis KIR AA et l'embryon est HLA-C2, donc mon corps va rejeter l'embryon. »
Ce n'est pas ce que montrent les données scientifiques.
Il s'agit d'associations observées dans certaines études de population, et non d'un test permettant de prédire le résultat d'une grossesse chez une personne donnée.
Et si je suis KIR AA ?
Si votre résultat indique KIR AA, il n'y a donc pas de raison de penser que votre grossesse est impossible.
Le médecin peut éventuellement regarder ce résultat en parallèle du HLA-C de la personne avec laquelle le projet parental est réalisé.
Mais il faut également tenir compte de votre histoire :
nombre de tentatives de PMA ;
nombre d'embryons transférés ;
qualité et/ou statut génétique des embryons lorsque ces informations sont disponibles ;
éventuelles fausses couches ;
âge ;
anatomie de l'utérus ;
endomètre ;
autres facteurs médicaux.
Le KIR AA n'est qu'une pièce éventuelle du puzzle.
KIR/HLA-C et don d'ovocytes
Le sujet est particulièrement intéressant dans le cadre du don d'ovocytes.
Dans ce cas, la femme qui porte la grossesse n'est pas la mère génétique de l'ovocyte.
L'embryon possède son patrimoine génétique provenant :
de la donneuse d'ovocytes + du père biologique ou donneur de spermatozoïdes.
La future mère fournit quant à elle l'environnement de la grossesse et porte l'embryon.
Les chercheurs se sont donc intéressés à l'interaction entre :
KIR de la receveuse
et
HLA-C du futur embryon.
Certaines études ont retrouvé des associations entre certains profils KIR et les résultats de grossesses après don d'ovocytes, mais ces résultats ne permettent pas aujourd'hui d'établir une règle universelle de compatibilité entre une donneuse et une receveuse.
Faut-il choisir une donneuse HLA-C1 si la future mère est KIR AA ?
C'est une question que certaines patientes se posent lorsqu'elles obtiennent un résultat KIR AA.
Certaines équipes et certaines cliniques peuvent s'intéresser à cette compatibilité dans leurs stratégies de prise en charge.
Mais il n'existe pas aujourd'hui de recommandation universelle disant qu'une femme KIR AA doit recevoir des ovocytes d'une donneuse HLA-C1.
L'ESHRE considère actuellement l'évaluation de la compatibilité HLA-C comme non recommandée en routine dans le contexte des échecs répétés d'implantation.
Une autre revue des données sur KIR/HLA-C conclut également que les preuves restent insuffisantes pour utiliser systématiquement ce typage afin de sélectionner les couples donneuse/receveuse.
Cela ne veut pas dire que le sujet n'est pas intéressant. Cela signifie simplement que la science ne permet pas encore d'en faire une règle de sélection fiable pour toutes les patientes.
Comment se déroule concrètement un test KIR/HLA-C ?
Bonne nouvelle : contrairement au CD138 ou à l'EndomeTRIO, il ne nécessite pas de biopsie de l'endomètre.
Il s'agit d'une prise de sang.
Étape 1 : prescription
Le médecin ou la clinique demande un génotypage :
KIR ;
HLA-C ;
et éventuellement HLA-C chez le partenaire ou le donneur selon la situation.
Étape 2 : prélèvement sanguin
Le sang est prélevé dans un laboratoire de biologie médicale.
Le laboratoire doit toutefois être en mesure d'effectuer le prélèvement dans les conditions demandées par le laboratoire spécialisé qui réalisera l'analyse.
Étape 3 : analyse génétique
L'ADN extrait du sang est analysé afin d'identifier les différents gènes KIR et/ou le profil HLA-C.
Des techniques de biologie moléculaire sont utilisées pour réaliser ces génotypages.
Étape 4 : résultat
Le compte rendu peut notamment faire apparaître :
KIR : AA / AB / BB ou Bx
et :
HLA-C : C1/C1, C1/C2 ou C2/C2.
Le résultat doit ensuite être interprété par le médecin dans le contexte du parcours de PMA.
Peut-on faire le test KIR/HLA-C en France ?
Oui.
Le génotypage KIR et le typage HLA sont réalisés en France en laboratoire.
1. Contacter l'EFS
Préciser que vous souhaitez réaliser un génotypage KIR + HLA-C
Expliquer que vous souhaitez connaître la procédure et les documents nécessaire pour effectuer le prélèvement.
2. L'EFS vous indique les documents nécessaires
Demander notamment:
Le bon de demande d'analyse
Le consentement éventuel
Les documents à faire remplir/ signé
3.Faire compléter les documents par le médecin
Votre gynécologue , médecin traitant ou spécialiste peut remplir/prrescrire les documents demandés par l'EFS.
Les documents à faire remplir/ signé
4.Retourner les documents à l'EFS
L’EFS vous confirme ensuite où et comment effectuer le prélèvement.
Pour les typages HLA, l'EFS indique notamment l'utilisation d'un prélèvement sanguin sur tube EDTA dans certains protocoles.
5.Effectuer la prise de sang
Le prélèvement est réalisé selon les conditions indiquées par l’EFS.
L’échantillon est ensuite transmis au laboratoire compétent pour le typage.
6.Recevoir les résultats KIR et HLA-C
Vous récupérez le compte rendu selon les modalités indiquées par l’EFS/laboratoire.
Faire interpréter les résultats par votre médecin
Surtout si le test est réalisé dans le cadre d'un parcours de fertilité ou de PMA : le résultat doit être interprété avec votre dossier médical.
Combien coûte un test KIR/HLA-C ?
Il n'existe pas un tarif unique national pour l'ensemble du bilan.
Le prix dépend notamment :
du laboratoire ;
du nombre d'analyses réalisées ;
du fait de rechercher le KIR seul ou KIR + HLA-C ;
du nombre de personnes testées ;
des frais éventuels de prélèvement et d'envoi ;
et parfois de la clinique qui organise le bilan.
À titre d'exemple, le catalogue 2026 d'Eurofins Biomnis indique un génotypage KIR à 249,17 €.
Un référentiel Eurofins publié précédemment indiquait également un génotypage HLA-C à 100 €, hors remboursement.
Ces montants ne doivent toutefois pas être présentés comme un tarif universel, car les prix et les modalités peuvent évoluer.
À l'étranger, les tarifs peuvent également être différents. Par exemple, une grille tarifaire 2026 d'une clinique européenne affiche 200 € pour le KIR et 300 € pour le HLA-C de la patiente, avec des tarifs différents lorsqu'un typage HLA-C du donneur est demandé.
En pratique:
Pour un bilan KIR/HLA-C, je conseillerais donc de demander un devis avant le prélèvement, surtout si le test est demandé dans le cadre d'une PMA en Espagne.
Est-ce que le test est remboursé en France ?
Il faut être prudent sur ce point.
Le génotypage KIR/HLA-C réalisé dans ce contexte peut être hors nomenclature et non remboursé par l'Assurance Maladie, selon l'analyse et le laboratoire.
Certaines structures indiquent explicitement que ces examens sont facturés hors nomenclature.
Il est donc préférable de demander :
« Quel sera le montant restant à ma charge et l'analyse est-elle remboursable ? »
avant de faire le prélèvement.
Une complémentaire santé peut éventuellement prendre en charge une partie de certains actes selon le contrat, mais cela doit être vérifié directement auprès d'elle.
Combien de temps faut-il pour obtenir les résultats ?
Le délai dépend du laboratoire.
À titre d'exemple, le catalogue 2026 d'Eurofins Biomnis indique environ 4 semaines pour le génotypage KIR.
Le délai peut donc être important si le résultat doit être obtenu avant une prochaine étape du parcours de PMA.
Si vous êtes suivie en Espagne, demandez à la clinique combien de temps elle souhaite avoir les résultats avant le transfert.
Est-ce que l'examen est douloureux ?
Non, pas vraiment.
Le KIR/HLA-C repose sur une prise de sang.
Il n'y a donc :
ni biopsie ;
ni hystéroscopie ;
ni prélèvement de l'endomètre.
La seule gêne correspond à la prise de sang elle-même.
KIR AA : quel impact sur les chances de grossesse ?
C'est là qu'il faut être particulièrement clair.
Les recherches suggèrent que certaines interactions KIR/HLA-C peuvent être associées à des différences dans la placentation ou certains résultats reproductifs.
Mais le KIR AA n'est pas un test pronostique suffisamment fiable pour dire à une femme : « vous avez X % de chances de grossesse ».
Est-ce que le KIR AA peut être « traité » ?
Non : on ne peut pas modifier son profil génétique KIR.
Et surtout, un résultat KIR AA ne signifie pas automatiquement qu'un traitement est nécessaire.
On trouve sur Internet différentes stratégies dites « immunologiques », notamment les corticoïdes, les intralipides ou les immunoglobulines.
Mais il ne faut pas commencer ce type de traitement simplement parce qu'un KIR AA a été retrouvé.
Les preuves concernant les traitements immunologiques sont elles-mêmes discutées, et les recommandations actuelles appellent à la prudence.
Le traitement éventuel doit donc être décidé par un spécialiste connaissant le dossier complet de la patiente.
Faut-il faire le test KIR/HLA-C après plusieurs échecs de FIV ?
Pas automatiquement.
Après plusieurs échecs, il est tout à fait légitime de rechercher des facteurs supplémentaires, mais il faut surtout se demander :
« Est-ce que le résultat de ce test va réellement modifier ma prise en charge ? »
C'est une excellente question à poser avant de dépenser plusieurs centaines d'euros dans un examen.
Le bilan peut être discuté selon le contexte, mais il ne doit pas faire oublier les autres causes possibles d'échec d'implantation :
facteurs embryonnaires ;
anomalies chromosomiques ;
âge ;
cavité utérine ;
endomètre ;
endométrite chronique ;
facteurs hormonaux ;
facteurs spermatiques ;
etc.
En conclusion
Le bilan KIR/HLA-C est un examen qui cherche à mieux comprendre les interactions entre le système immunitaire maternel et le futur placenta.
Le profil KIR AA est celui qui suscite le plus de questions, notamment lorsqu'il est associé à un HLA-C2.
Certaines études ont retrouvé des associations avec certains mécanismes de placentation et certains résultats reproductifs, mais cela ne signifie pas qu'une femme KIR AA est moins fertile ou qu'elle ne pourra pas mener une grossesse à terme.
Aujourd'hui, les données restent suffisamment incertaines pour que le KIR/HLA-C ne soit pas considéré comme un examen de routine dans tous les parcours de PMA. L'ESHRE recommande d'ailleurs de ne pas utiliser l'évaluation de la compatibilité HLA-C en routine dans les situations d'échecs répétés d'implantation.
Si votre médecin vous propose ce bilan, la question la plus utile n'est donc pas seulement :
« Suis-je KIR AA ? »
mais surtout :
« Qu'allons-nous faire de ce résultat dans mon parcours de PMA ? »
C'est cette réponse qui permettra de savoir si l'examen est réellement pertinent dans votre situation.




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