Ressemblance avec un bébé issu d’un don d’ovocytes : quel rôle joue l’épigénétique ?
- Guide PMA Espagne

- 17 août
- 6 min de lecture
Lorsqu’une grossesse est réalisée grâce à un don d’ovocytes, une question revient souvent : « Est-ce que mon bébé pourra me ressembler même si ce n’est pas mon ovocyte ? »
Cette interrogation est parfaitement compréhensible. La mère qui porte l’enfant participe pleinement à la grossesse, à son développement et à sa naissance. Mais quelle est réellement l’influence de la mère porteuse sur les caractéristiques de l’enfant ?
L’une des réponses se trouve dans un domaine fascinant de la biologie : l’épigénétique.

Don d’ovocytes : qui transmet quoi ?
Dans une grossesse obtenue avec un don d’ovocytes, l’ovocyte provient d’une donneuse. Il contient donc son propre patrimoine génétique.
Après fécondation avec les spermatozoïdes du père ou d’un donneur, l’embryon possède son propre génome. La mère qui porte la grossesse ne transmet donc pas son ADN à l’enfant par l’intermédiaire de l’utérus.
Cela signifie qu’un enfant issu d’un don d’ovocytes n’hérite pas génétiquement des caractéristiques physiques de la femme qui porte la grossesse.
Mais cela ne signifie pas que l’environnement de la grossesse est sans influence.
C’est précisément là qu’intervient l’épigénétique.
Qu’est-ce que l’épigénétique ?
L’épigénétique étudie les mécanismes qui peuvent modifier l’expression des gènes sans modifier la séquence de l’ADN elle-même.
Pour simplifier, on peut imaginer que l’ADN constitue le « programme » génétique, tandis que l’épigénétique participe à la manière dont certaines parties de ce programme sont activées ou désactivées.
Ces mécanismes comprennent notamment la méthylation de l’ADN, les modifications des histones et l'action de certains ARN non codants. Ils interviennent notamment pendant le développement embryonnaire et la formation du placenta.
Pendant la grossesse, l’embryon et la mère sont donc en interaction permanente.
L’environnement maternel — notamment les hormones, la nutrition, le métabolisme et d'autres facteurs biologiques — peut participer aux signaux qui influencent le développement du fœtus et certains mécanismes épigénétiques.
Est-ce que l’épigénétique peut faire ressembler le bébé à sa mère ?
C’est probablement la question la plus importante.
La réponse est : l’épigénétique peut influencer l’expression de certains gènes, mais on ne peut pas dire qu’elle permet à une mère porteuse de transmettre ses caractéristiques physiques à un enfant issu d’un don d’ovocytes.
Autrement dit, il serait incorrect de promettre à une future mère :
« Votre bébé pourra vous ressembler grâce à l’épigénétique. »
Les données scientifiques actuelles ne permettent pas de faire une telle affirmation.
L’enfant conserve le patrimoine génétique provenant de l’ovocyte de la donneuse et du spermatozoïde utilisé pour la fécondation.
L’épigénétique intervient plutôt dans la manière dont certains gènes sont exprimés au cours du développement. Les recherches montrent que l’environnement maternel et le développement placentaire sont impliqués dans cette régulation, mais les conséquences précises sur les caractéristiques physiques d’un enfant humain restent complexes et difficiles à prédire.
Alors pourquoi certains enfants issus d’un don d’ovocytes ressemblent-ils à leur mère ?
C’est une situation que certaines familles observent réellement : un enfant issu d’un don d’ovocytes peut avoir des expressions, des mimiques ou même certains traits qui rappellent fortement sa mère.
Mais il faut distinguer ressemblance génétique et ressemblance observée.
Plusieurs phénomènes peuvent expliquer cette impression.
1. La ressemblance peut être simplement due au hasard
Un enfant possède une combinaison unique de caractéristiques héritées de ses parents génétiques.
Certaines caractéristiques peuvent également être assez communes dans la population.
Une ressemblance peut donc apparaître sans qu'il existe de lien génétique entre l'enfant et la mère qui l'a porté.
2. La sélection de la donneuse peut tenir compte de certaines caractéristiques physiques
Dans les programmes de don d'ovocytes, les caractéristiques de la donneuse peuvent être prises en compte selon les règles applicables et les pratiques du centre.
La couleur des cheveux, des yeux, la morphologie ou certains autres critères phénotypiques peuvent ainsi contribuer à rechercher une certaine compatibilité physique.
Cela peut naturellement donner l'impression que l'enfant ressemble à sa mère.
3. Les expressions et les comportements se construisent aussi après la naissance
La ressemblance n'est pas uniquement une question de forme du visage.
Un enfant peut adopter progressivement certaines expressions, attitudes, façons de sourire ou de parler de son environnement familial.
C'est notamment pour cette raison que deux personnes vivant ensemble peuvent parfois sembler se ressembler avec le temps, sans partager nécessairement un patrimoine génétique.
4. L’épigénétique intervient dans le développement
C'est ici que la science devient particulièrement intéressante.
Le milieu dans lequel l'embryon se développe peut influencer certains mécanismes épigénétiques. La grossesse constitue donc une période biologique particulièrement importante pour le dialogue entre la mère, le placenta et le fœtus.
Mais cela ne signifie pas que l’épigénétique crée une copie génétique de la mère porteuse.
L’épigénétique pendant la grossesse : un véritable dialogue entre la mère et le bébé
Le placenta joue un rôle essentiel dans les échanges entre la mère et le fœtus.
Pendant la grossesse, de nombreux signaux hormonaux, nutritionnels, métaboliques et immunitaires participent au développement du futur bébé.
Les recherches récentes s'intéressent notamment à la façon dont cet environnement peut influencer les mécanismes épigénétiques pendant les premières étapes du développement.
On parle parfois de « programmation épigénétique ».
Cela ne signifie pas que la mère porteuse choisit les caractéristiques physiques de son bébé. Cela signifie plutôt que l'environnement biologique dans lequel l'embryon se développe peut participer à la régulation de certains processus de développement.
Peut-on donc transmettre ses caractéristiques par l’épigénétique ?
Pas au sens où on l'entend généralement.
La mère porteuse ne transmet pas son patrimoine génétique à l'enfant lorsqu'un ovocyte donné est utilisé.
L’épigénétique ne remplace pas la génétique.
Elle agit sur l'utilisation et la régulation de l'information génétique déjà présente dans les cellules.
Il existe bien des recherches sur l'influence de l'environnement maternel sur l'épigénome du fœtus, mais il serait excessif d'en déduire qu'une mère porteuse peut transmettre ses yeux, son nez, la forme de son visage ou sa couleur de cheveux par l'intermédiaire de l'épigénétique.
Et si le bébé ressemble beaucoup à sa mère ?
Cela peut être une expérience très émouvante pour une famille.
Mais il n'est pas nécessaire de chercher une explication génétique à chaque ressemblance.
Un enfant peut ressembler à sa mère dans son sourire, son regard, ses expressions ou sa façon de bouger sans avoir hérité de son ADN.
Et surtout, la ressemblance physique ne définit pas le lien entre une mère et son enfant.
La mère qui porte la grossesse participe au développement de l'enfant pendant neuf mois, puis à son environnement affectif, familial et éducatif pendant toute son enfance.
Don d’ovocytes : génétique et épigénétique ne s’opposent pas
Le don d'ovocytes est parfois vécu comme une rupture avec l'idée traditionnelle de transmission biologique.
Pourtant, la réalité est beaucoup plus nuancée.
Il existe plusieurs niveaux de transmission et d'influence :
La donneuse d'ovocytes→ apporte l'ovocyte et donc une partie du patrimoine génétique de l'enfant.
Le père ou donneur de spermatozoïdes→ apporte l'autre partie du patrimoine génétique nucléaire.
La mère qui porte la grossesse→ ne transmet pas son ADN nucléaire lorsque l'ovocyte provient d'une donneuse, mais elle fournit l'environnement biologique de la grossesse, notamment à travers le placenta, les hormones, les nutriments et de nombreux signaux biologiques.
Après la naissance→ la famille et l'environnement participent au développement affectif, comportemental et social de l'enfant.
C'est donc une histoire biologique et humaine beaucoup plus riche que la seule question de la génétique.
Une question légitime : « Est-ce que mon bébé sera vraiment mon enfant ? »
Pour certaines femmes qui envisagent un don d'ovocytes, cette question est beaucoup plus profonde que celle de la ressemblance.
La crainte de ne pas avoir de lien biologique avec son enfant peut être importante.
Comprendre l'épigénétique permet de mieux comprendre que la grossesse n'est pas simplement une période pendant laquelle l'embryon « grandit » dans l'utérus.
La mère et le fœtus sont en interaction biologique permanente pendant la grossesse.
Cela ne change pas l'origine génétique de l'enfant, mais cela montre que la grossesse est un processus extrêmement dynamique.
Et après la naissance, le lien entre une mère et son enfant se construit également à travers l'attachement, les soins, les interactions et toute l'histoire familiale.
À retenir
Un bébé issu d'un don d'ovocytes peut-il ressembler à sa mère ?
Oui, une ressemblance peut être observée, mais elle ne signifie pas nécessairement qu'il existe une transmission génétique entre la mère qui porte l'enfant et celui-ci.
L'épigénétique peut-elle expliquer cette ressemblance ?
L'épigénétique influence certains mécanismes de régulation des gènes et le développement embryonnaire, mais les connaissances actuelles ne permettent pas d'affirmer qu'elle provoque une ressemblance physique entre une mère porteuse et un enfant issu d'un don d'ovocytes.
La mère porteuse a-t-elle une influence biologique sur son bébé ?
Oui. L'environnement maternel et les échanges mère-fœtus participent au développement de l'enfant et font l'objet de nombreuses recherches en épigénétique.
L'épigenétique remplace-t-elle la génétique ?
Non. Elle agit sur la régulation de l'expression des gènes et ne modifie pas simplement l'identité génétique héritée de la donneuse et du géniteur.

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